Retour sur la résidence de journalistes de la Maison de l’Environnement !

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Pendant près de trois mois, la Maison de l’Environnement a accueilli, avec le soutien de la DRAC, une résidence de journalistes autour des enjeux d’éducation aux médias et de la lutte contre le climato-scepticisme. Menée par deux journalistes, Florence Gault et Noélie Coudurier, cette résidence a permis, entre tables rondes, ateliers ou encore visites guidées, l’émergence de nombreuses réflexions autour de notre manière de s’informer. Elle a pu sensibiliser, tous événements compris, plus d’une centaine de personnes.

Ainsi, pour celles et ceux qui n’auraient pas pu assister aux événements, voici un résumé des échanges !

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> Le 20 juin : Atelier d’éducation aux médias à la médiathèque du Bachut

Cet atelier a réuni une douzaine de jeunes nouvellement arrivés de Guinée Conakry, de Côte d’Ivoire, de Mauritanie et de Somalie. Pris en charge depuis plusieurs mois par l’Éducation Nationale, Ces jeunes apprennent les rudiments du français, des mathématiques, de l’Histoire, ainsi que des compétences pratiques telles que le vélo et la compréhension des médias, tout en réfléchissant à leur orientation professionnelle.

L’objectif de cet atelier animé par Noélie Coudurier, était donc de les aider à se repérer dans l’univers médiatique et à hiérarchiser les contenus auxquels ils sont exposés. Les participants ont appris à distinguer l’information de désinformation, et à identifier ce qui relève de la rumeur, de la propagande, de la croyance, ou encore du préjugé. Pour maximiser leur engagement, des exemples issus de leurs pays d’origine ont été utilisés. Ils ont pu par la suite lister les bonnes pratiques en matière d’information en réfléchissant à l’importance de celles-ci. L’atelier s’est conclu par un débat mouvant, qui a permis de consolider les connaissances de chacun en les aidant à affiner leurs arguments. Entre enthousiasme et curiosité se fut un échange riche !

> Du 17 au 18 juin : Atelier d’éducation aux médias à la Mission locale de Vaulx-en-Velin

Les 17 et 18 juin, Noélie Coudurier a animé un atelier d’éducation aux médias à la Mission locale de Vaulx-en-Velin auprès de 7 jeunes âgés d’une vingtaine d’années. L’objectif était de leur faire découvrir le métier de journaliste, tout en les sensibilisant aux enjeux écologiques.

Une première matinée était consacrée à la bonne compréhension des enjeux climatiques et environnementaux grâce à la Fresque du climat. Une manière pour eux de comprendre ce qui se cache derrière le mot « écologie ». Ils ont d’ailleurs fait remarquer à Noélie qu’il y a peu d’actions de sensibilisation faite dans leurs quartiers et qu’ils aimeraient en avoir davantage.

À partir des notions abordées lors de la Fresque, les jeunes ont été invités à choisir une thématique sur laquelle ils voulaient enquêter. La mobilité, le tri sélectif, la mode et l’adaptation aux vagues de chaleur ont été sélectionnés. Après un temps de recherches pour maîtriser leur sujet et préparer leurs questions, ils sont descendus dans la rue pour réaliser des micro-trottoirs. Une épreuve pour certains qui avaient peur d’aller interroger les gens ! Et d’autant plus quand il s’agissait de leurs voisins !

Le lendemain, Hamza, Fatima, Hamal, Rana, Nassim, Valeria et Djamel passent au travail d’écriture. Un podcast ne s’improvise pas : il faut rédiger le texte que l’on va dire. Là encore, c’est un exercice laborieux pour certains. Mais au moment d’installer le studio radio, une petite flamme s’allume dans les yeux. « Ah bon, on n’enregistre pas avec nos téléphones ? On a du vrai matériel? » Et oui… Il faut dépasser sa timidité et faire entendre sa voix au micro. Mais, le rendu en surprend plus d’un, fier de découvrir la forme que prend le travail de ces deux derniers jours. « C’est incroyable de nous entendre ! Et je suis heureuse d’avoir découvert des journalistes passionnées par leur métier », conclue Hamal.

Vous pouvez découvrir ci-dessous leur podcast « Les apprentis journalistes » :

> 17 juin : Visite de l’imprimerie Le Progrès

Le lundi 17 juin au soir, Noélie Coudurier et Florence Gault ont emmené un petit groupe d’une dizaine de personnes découvrir l’imprimerie de Chassieu (construite en 2003), dont il sort chaque jour 23 éditions du Progrès, du Bien Public et du Journal de Saône-et-Loire.

En début de soirée, l’équipe a été accueillie par Jean-Didier Dhéry, rédacteur en chef adjoint en charge de l’engagement au Progrès, pour une première partie consacrée à de l’éducation aux médias. Qu’est-ce qu’une information ? Comment vérifier ses sources ? Des notions essentielles du journalisme pour permettre aux participants de comprendre le circuit de l’information.

Puis, Didier Genvo, directeur technique de l’imprimerie, a emmené le groupe dans les coulisses de la fabrication des journaux. La visite de l’usine commence par la halle des bobines où est stocké le papier : une bobine pèse environ 700 kg ! Les articles, envoyés par la rédaction, sous forme numérique, sont gravés sur des plaques Offset. Ces plaques seront ensuite déposées sur les cylindres de la presse, permettant de lancer l’impression sur papier. Et cela va très vite d’ailleurs, entre 35 et 40 kms/h !

Chaque nuit, c’est une course contre la montre pour publier le journal. Beaucoup de stress, selon Didier Genvo, car le moindre accroc, la moindre casse, retarde l’impression ! Ce soir-là, les rotatives sont lancées à 23h15, une heure plus tard que d’habitude, afin que la rédaction puisse publier les résultats du match France-Autriche dans le cadre de l’Euro 2024. Ce sont entre 180 et 210 000 journaux qui sont fabriqués chaque nuit.

Une visite qui a impressionné les participants. « On se serait cru dans le film Charlie et la Chocolaterie », racontent Hamal et Nassim, qui ne regarderont plus jamais un journal de la même manière !

Revivez l’instant en vidéo ci-dessous.

> 14 juin : Formation « Mieux interagir avec la presse et structurer votre travail de plaidoyer »

Animée par Noélie Coudurier, cette formation a réuni une douzaine de participants aux profils diversifiés, étudiants, salariés ou bénévoles d’association chacun est venu avec de nombreuses interrogations. Les participants ont en effet posé de nombreuses questions concernant le travail avec les médias, souvent réalisé de manière improvisée dans les organisations : Comment rendre compte de la complexité des problématiques au journaliste sans le faire fuir ? Comment bien faire passer mes messages ? Que faire lorsque la personne en face n’est pas très experte de la thématique ?

Les échanges ont été pointus et fertiles, aboutissant à des discussions enrichissantes. La formation a également abordé le travail de plaidoyer, mené ou souhaité par certaines organisations, en expliquant ce que recouvre ce terme et comment se construit ce travail d’influence. Ainsi, chacun a pu repartir avec des bonnes pratiques en tête et une meilleure compréhension des sujets.

> 11 juin : « Crise de confiance entre médias et citoyens – état des lieux et solutions »

À l’heure des réseaux sociaux et de l’ultra-connexion, nous sommes nombreux et nombreuses à nous sentir écrasés et submergés par la quantité d’informations que nous recevons et parfois subissons. C’est ce que nous appelons l’infobésité. À cette infobésité s’ajoute, depuis maintenant plusieurs années, la défiance vis-à-vis des médias. Les Français ne font plus confiance aux médias et, selon une étude de REUTERS, 36 % des Français ont renoncé à s’informer. Or, comment renouer le contact avec les citoyens ? Comment regagner leur confiance ?

Telles étaient les questions abordées lors de la table ronde du mardi 11 juin dernier. En présence d‘Alix de Crécy (Mediavivant), Nicolas Barriquand (Mediacités), Marie Herenstein (France 3 Auvergne Rhône-Alpes), Daphné Gastaldi (We Report), et animée par Florence Gault, cette conférence a réuni une vingtaine de personnes. Entre constat et interrogation, l’échange fut riche.

Dans un premier temps, les participants ont pu échanger sur leur relation aux médias, exprimant leurs niveaux de confiance, leurs habitudes de consommation de l’information et leurs attentes. Les avis, bien que variés, se sont rejoints sur un seul et même constat : beaucoup n’ont ni l’énergie ni le temps de vérifier les informations qu’ils reçoivent et ne font donc que peu confiance aux médias. Se méfiant de la dépendance économique des médias, une grande majorité des participants ont affirmé s’être tournés vers des médias indépendants.

En réponse à ces différentes problématiques, les intervenants ont pu apporter différentes clés de réponses. Selon Nicolas Barriquand, il semble essentiel de faire de l’éducation aux médias une routine quotidienne aussi importante qu’une alimentation saine. Il serait, selon lui, crucial de recommander la consultation de « cinq médias variés et de qualité par jour. » Outre la pédagogie, l’échange avec les citoyens doit également être au cœur des médias. C’est l’une des missions que s’est donné Médiavivant en présentant sur scène une enquête par mois. Invitant des témoins sur scène, l’information n’est plus seulement transmise, elle est vécue : « C’est là qu’on va toucher les gens différemment (…) il y a vraiment quelque chose qui se joue dans les échanges avec le public, c’est primordial pour la démocratie aujourd’hui », appuie Alix de Crécy. Marie Herenstein insiste sur cette notion d’échange et souligne le fait qu’il est primordial de « donner la parole à des personnes que l’on n’entend jamais ». Mettre en lumière des sujets peu abordés, des alternatives, des solutions à l’échelle locale permettrait alors au public de se sentir représenté.

Vient ensuite la notion de temporalité. À l’opposé des médias d’information chaude, We Report et Médiavivant sont des médias qui enquêtent sur le temps long. En prenant le temps nécessaire pour approfondir leurs sujets, ces médias offrent une perspective différente sur l’actualité. Leur approche permet de dépasser les contraintes de l’immédiateté, souvent imposées par la course au scoop, et de privilégier la vérification des faits, l’analyse détaillée et la contextualisation des informations. En s’affranchissant des contraintes de l’urgence, ces médias indépendants redonnent à l’information sa fonction première : éclairer le public de manière rigoureuse et impartiale. Le lecteur, de son côté, peut prendre le temps de réfléchir et de se forger une opinion éclairée, loin des réactions impulsives que suscite souvent l’information en continu. Cette démarche favorise alors une consommation de l’information plus consciente et critique.

Ainsi, renouer la confiance entre les médias et les citoyens nécessite un effort collectif et des initiatives concrètes. L’éducation aux médias et la promotion de la diversité informationnelle apparaissent alors comme des pistes prometteuses. Pour en savoir plus sur les échanges qui ont eu lieu, retrouvez ci-dessous la retranscription de la table ronde.

> 5 juin : Formation : Outils pour déjouer les fake news autour des enjeux environnementaux

Animée par Noélie Coudurier cette formation a rassemblé une dizaine de participants issus de divers horizons : journalistes, personnel associatif, particuliers. La session a débuté par une réflexion sur les pratiques informationnelles des participants et l’équilibre de leurs sources d’information, incluant les médias traditionnels, les influenceurs et les sources institutionnelles.

Noélie a ensuite souligné l’importance de maîtriser les notions liées à l’environnement et au climat pour pouvoir débusquer la désinformation et éviter de la propager. Les participants se sont ensuite penchés sur les désordres informationnels et la manière dont les biais cognitifs interfèrent dans la distinction entre information et désinformation.

La formation a également abordé les discours de l’inaction et les techniques de greenwashing* pour pouvoir les déceler, avant de conclure par l’élaboration d’une « routine de vérification » pour aider les participants à authentifier les informations qu’ils rencontrent.

Les échanges ont été riches et révélateurs, traduisant à la fois les inquiétudes des participants face à la désinformation et leur volonté de savoir la dénicher et y répondre avec des arguments solides.

*le greenwashing est une technique de marketing utilisée par certaines entreprises pour se donner une image écologique trompeuse

> 25 avril : Table-ronde – Médias et écologie, les récits du passage à l’action en partenariat avec Arty Farty

Dans le cadre des rencontres « Visiteurs et Visiteuses du jeudi » avec Arty Farty, s’est tenue une table ronde autour des médias et de l’écologie. Animée et modérée par Noélie Coudurier, cette table ronde a eu lieu en présence de Clément Lopez, fondateur d’Engrainage.media, Florence Gault, journaliste, et Caroline Sicard, coordinatrice du magazine « Agir à Lyon » d’Anciela.

Tout au long de la soirée, les échanges ont permis de recueillir divers retours d’expérience et perspectives sur la manière de traiter les questions écologiques. Entre montée de la désinformation, éco-anxiété et défiance du public, les défis que doivent relever les médias sont nombreux. Il semble alors essentiel de repenser la manière de traiter les sujets relatifs au dérèglement climatique. Le journalisme de solutions s’apparente notamment comme étant une des alternatives permettant de susciter l’intérêt du public. En traitant les sujets via le prisme des solutions, ce journalisme permet de redonner espoir et de susciter l’engagement du public en valorisant des initiatives concrètes. C’est le cas du magazine Agir à Lyon qui met chaque mois en valeur les actions et initiatives qui se créent dans la région lyonnaise. Florence Gault qui s’est spécialisée depuis quelques année dans ce type de journalisme, a fondé un podcast qui s’intitule « En un battement d’aile ». Elle y mène des interviews auprès de celles et ceux qui agissent pour la transition écologique et solidaire et présente de nombreuses solutions inspirantes.

Le média Engrainage a quant à lui pour objectif de mettre en lumière un discours plus militant et engagé en allant directement sur le terrain. Que l’on parle de solutions ou que l’on varie les points de vue, la diversification du traitement médiatique est essentielle pour répondre aux enjeux actuels.

> Du 22 avril 26 avril : 5 demi-journées d’intervention avec un groupe de jeunes accompagnés par le centre social Bonnefoi (Lyon 3e)

« C’est comme si tu avais un grave maladie et qu’on ne te soignait qu’au moment où tu meurs, cela n’a aucun sens ». C’est ainsi que Yamina, 14 ans, résume le dérèglement climatique.

Du 22 au 26 avril, Florence Gault a animé un atelier d’éducation aux médias au Centre social Bonnefoi, à Lyon, situé en quartier prioritaire de la ville.

Le temps de cinq après-midis, six jeunes filles âgées de 11 à 14 ans sont devenues journalistes. Elles avaient pour mission de créer un podcast pour parler d’écologie. Pour bien comprendre les causes et conséquences du dérèglement climatique, elles ont d’abord participé à une Fresque du climat, avant d’aborder les notions d’information et de vérification des sources.

Après l’enregistrement du podcast, Yamina et Rebecca, toutes deux âgées de 14 ans, discutent de manière informelle avec Florence. Elles lui dévoilent leur perception des enjeux écologiques. Une analyse bien plus fine que ce qu’elles avaient laissé paraître tout au long de la semaine.

Un des sujets abordés par les apprentis journalistes était le tri des déchets. « Chez nous, on ne trie pas vraiment », explique Yamina. Quand on leur demande si l’atelier leur a donné envie de le mettre en place à la maison, Rebecca répond : « Quand on a 14 ans, on n’a pas trop les moyens ni la voix pour s’exprimer sur tous ces sujets. Les adultes ne vont pas trop nous prendre au sérieux. » Yamina complète : « On ne peut pas trop en parler, car l’écologie est politique. Et nos parents nous disent de ne pas nous mêler de la politique.»

Pour Livia Gillet, animatrice référente, chargée de jeunesse au Centre social Bonnefoi, aborder la question de l’écologie était une première : « j’ai du mal à savoir comment l’aborder. Tous les petits gestes qu’on demande de faire, ils le font déjà. Pas pour des raisons écologiques, mais pour des raisons économiques, » explique-t-elle.

Un décalage qui nécessite de réajuster le discours en quartiers populaires. La dimension sociale de la transition est parfois oubliée au profit d’approches plus techniques ou économiques. Sortir également des petits gestes pour aborder plutôt les questions de justice sociale. Un sujet qui a également été abordé lors d’une formation à destination des professionnels sur le thème « Comment se saisir des enjeux écologiques grâce à l’éducation aux médias ? », le 28 mai dernier.

Vous pouvez découvrir ci-dessous l’émission réalisée par les jeunes du Centre social Bonnefoi.

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